Tant que la terre durera, tome 1 - Henry Troyat

Publié le par Morgana V.

 

 

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- Cycle composé de 7 tomes

 

 


Que dire ? Même si j'ai évidemment, sinon ce ne serait pas drôle des reproches à faire à ce livre, qu'est-ce que je l'ai aimé ! Même maintenant que nous nous sommes quittés en bons termes (bah quoi ? Je, euh... "file la métaphore du couple"...?) que je l'ai terminé, l'ambiance de la Russie d'avant la première guerre mondiale reste ancrée en moi. J'avais déjà lu du Troyat, un court roman, "Viou", et avais justement aimé sa faculté à dépeindre des personnages et une histoire qui me semblaient si réalistes.

 

Ici, Henry Troyat nous livre un récit aux accents autobiographiques. En effet, cet écrivain français était né en Russie. Nous faisons donc la rencontre de Michel, fils de Tcherkess qui chérit cet héritage, au caractère fier et taciturne, ainsi que de Volodia, son meilleur ami au tempérament de feu, magnifique et plein de panache. Il y a aussi la famille Arapoff, avec ses cinq enfants. C'est le récit de la vie de tous ces protagonistes, leur évolution, leurs chassés-croisés, c'est le souvenir de la Russie de cette époque-là.

 

Les deux garçons ont une douzaine d'années lorsque le livre commence, et j'ai un gros faible pour les histoire où l'ont suit les protagonistes dés leur plus jeune âge ; j'aime deviner comment ils vont grandir, voir à quels évènements ils vont devoir faire face, qui ils vont aimer ; j'aime avoir mon petit préféré, voir mes espoirs quant à la manière dont il va évoluer se concrétiser où être déçus ; j'aime ce genre d'histoire de vie, en somme.

Dés le début, ici, j'ai eu de l'affection pour Michel et son refus de "cacher le Tcherkess" comme son père, son désir d'être le digne descendant de ces fiers guerriers ; il y a quelque chose de touchant chez Michel, je trouve. A côté de ce anti-héros, Volodia. Ah, Volodia. Dés le début, si j'ai été touchée par Michel, j'ai été charmée par Volodia. Il incarne pour moi le héros romanesque, avec des idées farfelues toutes les cinq secondes, cet espèce de génie, ce sentiment qu'il dégage que tout va lui réussir, cette absence de peur... Enfant et adolescent, il est empreint d'un espèce de maniétisme vraiment particulier.

 

Adulte, cela s'est un petit peu gâté ; j'ai entretenu vis à vis de Michel et Volodia des sentiments plus mitigés : qu'est-ce qu'ils ont pu m'agacer par moment ! Cependant, je dois reconnaître que chacune de leurs actions correspondaient aux caractères définis dés le départ par l'auteur. Simplement la fraîcheur de l'enfance complètement évaporée, leurs traits de caractères si charmants à un jeune âge en deviennent énervants et incrompréhensibles ; ils semblent se figer dans des comportements terriblement immatures pour Volodia et affreusement rigides pour Michel. Cela m'a donné envie à bien des reprises de les secouer. Bien fort.

 

A côté de cela, il y a la famille Arapoff. J'ai eu énormément d'affection dés le départ pour les parents : Constantin et sa femme forment un couple atypique : lui, charmeur, plein de vie et de bonne humeur, pas très fidèle à son épouse mais plein de respect pour elle (je sais que c'est étrange de dire cela juste après "il l'a trompe", mais il faut lire pour comprendre, je suis désolée je ne peux pas vraiment expliquer ce sentiment :D), elle, mère de famille vieillissante et attentionnée.

 

Pour les enfants, je dois avouer avoir eu du mal avec l'aîné, Nicolas. Parti faire ses études à Moscou, il est embrigadé dans les problèmes politiques de l'époque, avec les revendications socialistes de la classe ouvrière dont il ne fait même pas partie. Cela rend le personnage intéressant : comme il le fait remarquer à un moment, il est assez ironique qu'il milite pour une politique qui suppose que la classe sociale à laquelle sa famille appartient disparaisse...  mais le personnage en lui-même m'a juste profondément agacée. Cependant, les passages le concernant sont intéressant pour l'aspect historique.

Ensuite, il y a Lioubov. Je passerai vite dessus car elle est une caricature de ces femmes superficielles et écervellées, qui est prête à se damner pour avoir une nouvelle robe ou pour être au centre de l'attention ; une excellente caricature, cela dit.

Vient alors Tania, qui aura une place importante dans le récit. Comme pour tous les personnages au final, je suis mitigée : elle a d'indéniables qualités, mais aussi tant de défauts, et je l'ai appréciée autant que détestée par moment.

Les deux plus petits de la fratrie n'ont eu guère de place pour l'instant, mais je les soupçonne d'en avoir plus dans les prochains tomes, à suivre !

 

En somme, concernant les personnages, c'est une fois de plus le réalisme dans les portraits dressés par l'auteur qui m'a frappé : aucun ne m'a été tout le temps sympathique. Ils ont tous d'affreux défauts, des comportements ou des pensées condamnables ; ils sont humains, et c'est assez saisissant. Tous sont, mériterait qu'on leur dise leur quatre vérités, mais (malheureusement :D) je crois qu'on peut se reconnaitre toujours à un moment ou à un autre dans ces défauts et que l'on ne ferait pas mieux à la place des personnages, au fond. Aurait-on des pensées moins mesquines dans cette situation-ci ? Réagirait-on moins impulsivement dans cet instant-ci ?

 

L'aspect historique m'a beaucoup plu : je ne connais guère l'histoire de la Russie, et j'ai appris pas mal de choses ici. L'ambiance avait quelque chose de... réaliste, pour changer (je crois que ça va être le maître mot de cet article), et je me sentais véritablement dans ce pays à cette époque. Le tout est admirablement bien servi par l'écriture d'Henry Troyat. Même si ce n'est pas le genre d'écriture si belle et particulière que, l'auteur pourrait ne rien raconter, je lirais malgré tout le roman en entier, je reconnais complètement sa qualité. Elle convient parfaitement bien au récit, qui est bercée par des phrases qui frappent toujours justes.

 

 


 

Conquise par ces quelques jours passés en Russie avec Michel, Volodia, Tania et tous les autres, j'ai retrouvé avec "Tant que la terre durera" ce plaisir des "romans de vie", où l'on suit l'évolution de personnages forts, pas toujours sympathiques, mais terriblement réalistes.

Je compte bien vite y retourner grâce au tome 2, d'ailleurs.

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