Défi #1: Mort d'une bête à la peau fragile - P.Alexander et Le Professionnel - G.Lautner

Publié le par Morgana & La Luciole

Hey, hey, hey !

Nous revoici avec un article un petit peu spécial. Tout d'abord, il s'agit d'un binôme. Rien de vraiment nouveau sous le soleil jusqu'ici, je vous l'accorde. Cependant, l'objet de ce binôme est un petit peu particulier : le livre que j'ai lu et l'adaptation qui en a été tirée (et vue par La Luciole) sont des oeuvres que ni l'une ni l'autre n'aurions pensé lire/voir un jour. Seulement, par un concours de circonstances que ma comparse va vous exposer plus bas, nous nous sommes retrouvées à les découvrir... après une longue discussion sur skype que La Luciole a passé à m'exposer pourquoi je devais acheter ce livre au nom vraiment louche (ce qui lui a vallu le surnom de "Livre Louche") pour le lire afin d'en faire un article où elle pourrait s'ébahir sur le talent d'Ennio. En gros, elle m'a mise au défi. Et je l'ai relevé becoz' je suis vraiment super aventureuse comme fille, tout simplement car cela m'a fait rire (et que le livre faisait moins de 300 pages). Ainsi est née l'idée des "Défis", que nous inaugurons aujourd'hui.

Maintenant que vous en savez plus sur cette petite nouveauté, laissez-moi vous éclairer sur le choix de ces œuvres qui sortent un peu des habitudes du blog. Je vous préviens de suite, l'explication risque de vous dérouter tout autant car elle correspond à une logique qui n'appartient qu'à la Luciole !

Tout a commencé par un concert : mon copain (qui n'est, soit dit en passant, pas un ver luisant), me sachant fan du compositeur de musiques de film Ennio Morricone m'a offert la place du concert du 4 février pour mon anniversaire. Je me suis alors dit que ça pourrait être sympa de parler cette semaine d'un film pour lequel il avait composé la musique ! SAUF QUE, vous le savez peut-être, il a surtout composé celles des grands westerns : Il était une fois dans l'Ouest, Le bon, la brute et le truand etc …, et moi, je n'aime pas les westerns ! Oui c'est un peu paradoxal : j'aime la musique mais pas le film :D

Du coup, j'ai cherché un film avec la musique d'Ennio qui ne serait pas un western (et il y en a plein, certains même que j'ai vu) mais une adaptation, histoire de rester dans le thème du blog malgré tout, et c'est tombé sur Le Professionnel, de George Lautner, avec Jean-Paul Belmondo, adapté du livre au titre si créatif Mort d'une bête à la peau fragile de Peter Alexander dont Morgana va se faire le plaisir de vous parler à l'instant. Et moi je vous dis à tout à l'heure pour le film !

 

 

affiche_Professionnel_1981_1.jpg

 

L'avis "livresque" de Morgana

 

Alors, alors... Qu'ai-je pensé au final de Mort d'une bête à la peau fragile ?

Du bien, à ma grande surprise.

 

Mais commençons par le commencement. Quand j'ai reçu le livre, j'ai découvert que c'était une édition de 1978... neuve. Des livres de cette époque, j'en ai un certain nombre dans ma bibliothèque, mais tous de seconde main. C'était assez drôle de voir arriver ce livre avec une pub pour parfum (Balafre de Lancôme, si vous voulez tout savoir - ne protestez pas, je sais que vous adorez ce genre d'information tout simplement capitale) en guise de quatrième de couverture, la tranche jaune à cause du papier utilisé à l'époque. Le titre m'a beaucoup fait rire, mais, honnêtement, avec du recul, je ne le trouve pas si bête que cela, voire même très bien trouvé.

 

C'est un livre qui se lit très rapidement, honnêtement. Le style d'Alexander est très fluide, avec un côté assez oral sans tomber dans le familier pur et dur en permanence, avec pas mal de passages en "indirect libre", qui permet de connaître les pensées des différents personnages assez régulièrement et de mieux appréhender leurs personnalités.

 

Pour l'histoire, elle est assez simple :

 

Deux ans auparavant, Abbott (le nom est écrit avec un nombre de "b" et de "t" variable durant tout le texte, c'est assez drôle durant la lecture mais peu commode maintenant :D) (Josselin Beaumont dans le film: ils ont francisé tous les noms ;) ) était missionné pour tuer Njala, un dictateur africain. Seulement, il s'était fait prendre et avait atteri dans les prisons de son ancienne cible, où il devait être mort. Devait. Car le bureau vient de recevoir un message : Abbott est de retour, et déterminé à achever sa mission. Seul problème, la politique ayant changé, Njala est maintenant un allié du gouvernement anglais, et il faut maintenant l'arrêter.

 

A 1ère vue, l'histoire avait du potentiel, mais ce n'était pas le genre qui m'attirait forcément. Cependant, je me suis vite sentie "prise" par le rythme de l'histoire. Tout le monde est sur le qui-vive en permanence : Abbott était un excellent agent, et connait exactement toutes leurs procédures. Ils essayent donc de le dérouter, tout en devant composer avec le capricieux Njala, qui ne leur facilite pas les choses.

 

Smith (Valéras dans le film) est probablement l'un des personnages les plus mis en avant. C'est un ancien très bon ami d'Abbott, l'archétype du "mec bien", qui fait son boulot de son mieux, un monsieur tout le monde un petit peu vieux garçon... Il m'a vraiment été sympathique d'un bout à l'autre, à toujours vouloir faire au mieux, partagé entre son devoir envers son boulot et son devoir envers son ami. Il est obligé de faire des choix qui l'oblige toujours à trahir un petit peu un côté ou l'autre en fonction des moments.

Abbott est un personnage vraiment ambigu que j'ai trouvé particulièrement intéressant. Il est déterminé, mais sa principale "faiblesse" est qu'il est très "humain". Alors qu'il aurait des occasions de tirer sur Njala, il ne le fait pas car il a des chances de toucher quelqu'un d'autre en pleine rue, par exemple. Il est un petit peu un Smith désillusionné par ce qu'il a vécu et découvert, mais qui a gardé ses principes.

Sheperd (Rosen), l'inspecteur, peut être vu comme le pendant "noir" de ces 2 autres personnages : c'est le mec sans moral, un flic efficace, mais parce qu'il ne recul devant rien, n'a pas de valeurs.

 

Ces trois personnages me semblent liés dans le sens où tous peuvent être vu comme différentes manières de faire un même métier.

 

Njala est la caricature du politique intelligent dans son domaine (mais uniquement dans son domaine, je dirais) et libidineux au possible. C'était si poussé que cela en devenait caricatural. Beaucoup de choses sont caricaturales dans ce livre cela dit, mais c'est plutôt bien géré en général je trouve. C'est en quelque sorte une grosse caricature d'un système. Le gouvernement représenté est (vous me passerez l'expression) pourri jusqu'à la moëlle, et ses représentants se vautrent dans la luxure et l'intérêt personnel. Abbott est le grain de sable qui essaye d'enrayer la machine. C'est un acte désespéré car vain, mais qui est juste là pour pointer cela du doigt. Cela dit, avant de reconnaître l'aspect caricatural du livre, la manière dont c'est amené m'a parfois donné l'impression d'un "trop" : le discours d'Abbott à Smith lorsqu'il va le voir représente manquait vraiment de subtilité selon mon goût. Bref, une caricature.

 

Le ton est très mordant et n'épargne aucun personnage, révélant leurs petitss travers sans pitié. Même Smith-le-mec-bien reçoit son lot de "moqueries" de la part du narrateur, notamment au sujet de son côté "vieux garçon". Cela contribue cependant à en rendre certains encore pllus attachants : Joan (Jeanne), l'ex-femme d'Abbott, névrosée alcoolique, est assez pathétique au début, mais je n'ai pu m'empêcher d'avoir un regard compatissant à son égard.

L'histoire entre Abbott et Alice (elle, garde son nom dans le film, enfin ! :D) apporte des moments plus légers, bien qu'empreints d'un peu de désespoir. J'ai trouvé que cela prenait un petit peu trop de place dans le dernier tiers, je l'avoue, mais cela n'en reste bienvenue car cela empêche l'ensemble d'être juste désespérant.

 

Pour avoir vu le film après, je préfère une majorité des personnages du livres, moins conventionnels.

 

Cependant, la fin est dans les deux cas très réussie selon moi. Chacune correspond au support et à l'ambiance de l'oeuvre.

Le livre s'achève sur une scène que je n'avais absolument pas vue venir et que j'ai trouvé particulièrement bien trouvée : des éléments l'annonçaient depuis longtemps, mais elle tombe d'un seul coup, pleine d'un dramatisme que j'ai trouvée extrêmement bien dosé, qui m'a donné l'impression de recevoir un coup au coeur sur le moment ; inattendu. Cela dit, ce mot peut résumer mon avis sur l'ensemble du livre. Quoique j'ai des reproches à lui adresser, c'était décidément une lecture aussi inhabituelle que prenante.

Le Livre Louche était une bonne découverte, au final ; merci La Luciole ! :D

 

 

Côté film avec la Luciole

 

De rien Morgana, j'attends ta vengeance avec impatience !

 

Moi qui n'ai pas lu le livre, je vais me concentrer sur son adaptation cinématographique. Je n'avais cette fois-ci aucun préjugé sur ce film, je n'en connaissais rien, à part la musique évidemment, dont nous allons parler à l'instant.

J'ai plutôt bien apprécié le film, je n'ai absolument pas vu le temps passer alors qu'en général, même si j'apprécie le film que je suis en train de regarder, je ne peux pas m'empêcher de surveiller le temps qu'il reste et j'ai du mal à me défaire complètement de l'analyse, je suis devenue un peu trop exigeante je crois ! :D Ici je trouve le montage bien rythmé et le tout assez bien mené.

 

Commençons par ce point un peu sensible qu'est la musique : Chi Mai.

Je vous l'ai dit, je suis une fan des musiques d'Ennio Morricone (j'écoute même l'intégrale en écrivant l'article), celle-ci ne fait donc pas exception et je l'écoute souvent dans ma maizon. Mais là, sur des images, ça bloque ! La première fois qu'elle est intervenue je n'ai pas pu m'empêcher de rire, et mon copain qui regardait avec moi, pareil. Pour ceux qui ne le savent pas, Chi Mai a été utilisée dans une pub pour Royal Canin en 1986, depuis, beaucoup de gens l'associent à un chien qui court dans un champ de blé au ralenti … Forcément quand on voit Belmondo et son compagnon évadé courir dans l'eau, un coucher de soleil en fond, avec cette musique, ça fait très cliché … Et c'est bête, ça gâche un peu tout. Pour ma part, je n'avais pas vu la pub avant de voir le film même si je connaissais son existence, je n'ai donc pas pu être influencée dans ce sens. En revanche cette musique a depuis été souvent utilisée pour parodier la pub, vous aurez peut-être plus en tête la scène d'Astérix et Obélix Mission Cléopâtre où un légionnaire et Idéfix courent au ralenti (voir vidéo ci-dessous)? bah voilà, moi aussi. Je l'ai donc moi aussi associée à une scène parodique et mon méchant cerveau influençable n'a malheureusement pas pu s'empêcher de considérer toutes ces scènes comme telle, et pourtant je savais à quoi m'attendre, mais désolée, deux hommes qui courent sur un coucher de soleil ou qui s'échangent des regards profonds sur Chi Mai, ça fait parodie gay … bref ! On ne peut que blâmer Royal Canin qui a dénaturé cette si belle musique et qui a fait que je n'ai pas pu apprécier pleinement le film.

 

 

  Jubilez en écoutant la voix d'Obélix en allemand, et profitez du morceau dans sa version originale et intégrale ci-dessous.


 

 

 

J'ai trouvé que certains points avaient également un peu mal vieillis, mais ça c'est peut-être encore une fois que je vais chercher trop loin.

L'éclairage par exemple : l'ombre des lampes parfois même deux ombres, un reflet de projo sur le mur, trahissent la présence des éclairages de studio. Des erreurs pas très graves, qui arrivent souvent et qui sont plutôt discrètes mais qui sont bien plus facilement évitées aujourd'hui et qui marquent donc un peu plus lorsqu'on en voit une.

L'utilisation des bruitages, ne correspond plus non plus à ce qu'on a l'habitude d'entendre : dans la bataille du début, Joss Beaumont (Belmondo) sonne creux quand il prend des coups, c'est assez drôle, mais ça me fait personnellement sortir de l'action.

 

 

 

Attention, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dis, tout ceci sont des remarques, et non de réelles critiques négatives, il est normal qu'un film de 1981 ne corresponde pas en tous points aux critères actuels et ce n'est pas une mauvaise chose ! J'ai souligné des points très précis sur lesquels il avait certes un peu vieillit, mais il faut prendre en compte que ce sont des détails et que ce ne sont d'ailleurs que des points techniques, rien de grave donc, et bien d'autres films de l'époque paraissent aujourd'hui beaucoup plus vieillots.

 

Là ce n'est pas le cas, le Professionnel arbore plutôt un charme un peu désuet très agréable que j'ai pris plaisir à retrouver. Entre mes cours de cinéma où les films étudiés ne sont pas vraiment de ce type-là, et ceux que je regarde pour mon plaisir personnel, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas vu un Belmondo ou un Gabin, un bon film français des années 60-80 quoi ! Et ça fait du bien !

 

J'ai notamment beaucoup aimé les cascades. Elles sont certes en un sens moins impressionnantes que les cascades des films d'action actuels, parce qu'aujourd'hui les effets spéciaux aident bien, on peut faire des choses beaucoup plus spectaculaires. Mais justement, c'est ce qui fait que les cascades de cette époque sont d'une manière plus impressionnantes, plus entraînantes : tout est vrai, et ça se voit ! Du vrai feu, une vraie seringue (je n'en ai pas la certitude formelle, mais en tout cas on dirait), des cascades réalisées par Belmondo en personne, et non par un cascadeur, que ce soit dans les combats ou les poursuites en voiture. La caméra est d'ailleurs à l'intérieur de la voiture lors d'une partie de ces cascades, ce qui rajoute un peu d'adrénaline à la scène.

Ne soyons pas naïfs, ils ont quand même eu recours à des petites astuces, j'en ai repérées après avoir regardé la scène une dizaine de fois avant de faire l'article pour être sûre de ne pas dire de bêtises. (Je ne sais pas si je peux détailler ces astuces, ça casse un peu la magie de la scène et ce n'est pas mon but, si vous êtes curieux, je vous le dirais, mais qu'une fois que vous aurez vu le film ! :D) Quoi qu'il en soit, ça marche, on est vraiment dans l'action, et moi qui ne suis pas une grande fan des poursuites en voiture je me suis ici laissée prendre au jeu : c'est crédible, ils n'en font pas trop, ne font voler les voitures au-dessus des ponts, passer in extremis sous un camion et autres codes des cascades à succès. Ce qui fait que j'ai accroché ici c'est que le spectateur a l'impression que lui aussi pourrait le faire, avec sa propre voiture (et pas une espèce de voiture-avion à trois moteurs), et on s'identifie plus !

 

Allez pour finir, deux mots sur le brin d'humour qui jalonne le film, des personnages parfois un peu caricaturaux que certains ont pu trouver agaçants et je le comprends, mais moi j'ai bien aimé. Mention spéciale à l'Inspecteur auxiliaire Farge, qui, de son nom à sa coupe de cheveux n'est absolument pas été ménagé au cours du film et est même particulièrement victimisé, et moi qui suis un peu sadique, ça m'a fait rire ! J'ai beaucoup apprécié la fin également, à laquelle je ne m'attendais pas du tout, qui m'a surprise, et que j'ai trouvé bien dosée, bien trouvée, et ne cédant pas à la facilité. Désolée si c'est évasif, je ne peux pas en dire plus au risque de spoiler, regardez le film ;)

 

 

 

Le Professionnel donc,

 

un film que j'ai vu pour une raison tout à fait hasardeuse mais que je ne regrette pas d'avoir vu ! Un bon moment, une intrigue policière sympathique, et surtout des codes du cinéma d'action français qui ne sont pas encore parasités par Hollywood. La musique en revanche, puisque c'est pour elle que j'ai vu le film en fin de compte … n'intervient pas toujours au moment le plus judicieux, un peu répétitive dans son utilisation (toujours la même, le même passage, trop souvent, à part à deux reprises dans le film où c'est un autre morceau).

 

Mais pour résumer : oui je vous le recommande.

 

http://www.forgottensilver.net/wp-content/uploads/2011/03/profess.jpg

 

 

Pour aller plus loin :

 

- Qui est Ennio Morricone ? (wikipédia)

 

  J'aurai aimé vous donner mon avis sur le concert mais ce n'est pas le propos de cet article, je vous dirais simplement que j'ai adoré, et si vous voulez en savoir plus sur les petits détails, je vous propose d'aller voir cet article qui retranscrit mot à mot mon opinion sur le concert ! (Clapmag.com)

 

- Filmographie sélective, parce qu'Ennio Morricone n'a pas composé que des musiques de western même si celles-ci qui sont les plus connues. Découvrez donc :

 

  - Les moissons du ciel, Terrence Malick, 1978 (un de mes films préférés, lumière à couper le souffle)

  - Cinema Paradiso, Giuseppe Tornatore, 1989 (A voir de préférence en version longue ! je pleure à chaque fois que j'entends le morceau !)

  - Django, Tarantino, 2012 Eh oui ! (pour stopper dès à présent les préjugés qui pourraient naître comme quoi ce ne sont que des vieux films, parce qu'à 85 ans, Ennio il peps encore!)

  - Sacco et Venzetti, Giuliano Montaldo (drame, pas encore vu)

  - Mission, Roland Joffé, 1986 (drame, aventure, pas encore vu)

 

- Et l'intégrale musicale que j'écoute en ce moment-même. Tenez-moi au courant si vous entrez en transe vous aussi ! (grooveshark)

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