Anna Karérine - Léon Tolstoï et Joe Wright

Publié le par Morgana et La Luciole

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L'avis de Morgana sur le Livre en vert -

L'avis de la Luciole sur l'adaptation cinéma en orange

 

 

Anna Karenine - Tolstoï, 1877

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Ca fait longtemps que je voulais découvrir la littérature russe. A chaque fois que je regarde ma bibliothèque, je réalise que je ne lis presque que des ouvrages francophones ou anglophones (et je sais que vous aussi, ne mentez pas, je le sais). Ne me demandez pas pourquoi, mais je m'étais fixée sur la littérature russe comme moyen de résoudre ce gravissime problème. 

 

C'est lors de la sortie du film de Joe Wright que je me suis dit qu'il fallait que je lise Anna Karénine en particulier. Le film date de 2012. Nous sommes en 2015. Sur mon échelle personnelle, je me suis plutôt montrée réactive. :D

 

Anna Karénine, c'est tout de même un ouvrage de 1000 pages. Un ouvrage de 1000 pages écrit par Tolstoï qui plus est, ça demande quand même de se sentir motivé au moment où on se lance là-dedans. Le roman est premièrement paru en feuilleton, et dans mon édition, on retrouve en notes de bas de pages quelques courriers des lecteurs de l'époque, ou des notes concernant les réactions durant la parution des épisodes. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le roman a su déclencher les passions, plus que Guerre et paix du même auteur visiblement, ce qui m'a étonnée étant donné que j'avais plus entendu parler de ce dernier.

 

Le roman s'ouvre sur un dénommé Oblonski, qui a trompé sa femme, ce qui en soi n'est pas un problème, si ce n'était qu'elle vient juste de le découvrir. Ce qui, par contre, est très embêtant. Pour que sa femme lui pardonne, il va donc faire appelle à sa soeur, Anna, la grand dame de Saint Pétersbourg. On fait ainsi la connaissance de cette femme de la haute société, dotée d'une grande beauté, qui a fait un très bon mariage aux yeux de tout le monde, et est la mère d'un magnifique petit garçon qu'elle adore.

Ok. Super.

Mais qu'est-ce qu'on fait là, nous, si tout va parfaitement bien pour l'héroïne ?

Evidemment, Anna ne va pas bien. Et c'est en rencontrant le beau Alexis qu'elle va réaliser qu'il lui manque l'essentiel : un peu de passion dans sa vie.

 

En parallèle, on suit un autre couple, celui de Levine et Kitty (Kitty est la petite soeur de la femme d'Oblonski-le-mari-infidèle. Oui, il faut suivre.).

 

Tous les personnages (et ils y en a un paquet) sont liés les uns aux autres (parfois de manière lointaine, certes :D). On assiste aux chassé-croisés entre les différents arcs de l'histoire. J'ai lu qu'au départ, l'auteur voulait appeler son livre Deux mariages, deux couples. Ce titre, bien que moins attractif, a l'avantage de mieux représenter le contenu je trouve.

Anna, bien que personnage éponyme, est loin d'être le seul personnage principal. Je crois même que ce n'est pas celle que l'on suit le plus (il me semble que c'est Levine qui se voit consacré le plus de pages, le petit veinard). Ses actes influent sur la vie des autres personnages et on en entend toujours plus ou moins parler par eux, mais elle n'est pas là "directement" pendant de longs passages.

 

Anna est une femme malheureuse qui cherche le bonheur. Elle veut être aimée et vit dans l'angoisse de ne plus l'être. Elle se découvre passionnée et paraît préférer tout à un retour en arrière, auprès de son mari. A la fois, j'ai ressenti une certaine empathie pour ce personnage en quête d'une vie heureuse, mais combien elle a pu m'agacer par moment ! Cette manière qu'elle a de couper court à tout moyen de réussir à atteindre ce qu'elle désire ! Il me semble qu'elle cherche le bonheur mais ne pourrait à la fois pas supporter d'être heureuse car elle se sentirait trop coupable après avoir fait souffrir son mari et son fils ainsi.

Inconsciemment, elle rate chaque occasion car elle se sent coupable.

 

Je pourrais parler des deux Alexis : en effet, le mari et l'amant d'Anna porte le même prénom (hasaaaaaard de fou n'est-il pas ? Il y a de quoi faire une dissertation rien que sur ça :D). Mais ces deux personnages évoluent surtout en fonction d'Anna. Sans elle, je ne leur trouve guère d'intérêt de manière indépendante. Tout deux sont des "hommes biens", chacun à leur manière. Ils sont honnêtes tous deux mais offrent des vies opposées à Anna.

 

L'autre personnage que j'ai trouvé marquant est Levine. Par le biais de Levine, qui est avant tout un homme de la terre, on découvre la vie de la campagne russe au XIXème. Levine se pose sans cesse des questions au sujet du fonctionnement de la société, qu'il veut changer (en bien. Levine est probablement un lointain cousin de mère Térésa :D) mais sans savoir comment. On a ainsi droit à des pages et des pages sur des sujets qui le préoccupent, que ce soit ses réflexions ou des débats qu'il a avec diverses personnes de conditions différentes.

 

Tolstoï aborde ainsi des sujets extrêmement différents.

J'ai vraiment eu l'impression d'être plongée dans la société russe de cette époque. Il évoque en détails un mariage, une naissance, la question du divorce selon la loi d'alors. Il parle aussi de la vie en général. On lit des scènes retranscrivant des moments assez "banals", mais il sait comment les rendre étrangement fascinants. Il se serait aussi inspiré pas mal de sa vie. L'une de mes scènes préférées est une demande en mariage (de qui à qui ? Mystère très très mystérieux) qui serait fidèle à la manière dont il a demandé sa propre femme en mariage. Moi qui ne suis pas grande adepte de ce genre de scène, j'ai adoré celle-ci, sa simplicité et son originalité à la fois.

 

Je me sens frustrée car j'ai l'impression de ne pas réussir à rendre compte de la richesse de ce livre et de la manière dont j'ai eu l'impression qu'il traitait en profondeur de tellement de sujets ! J'étais tout bonnement fascinée par la manière dont Tolstoï les aborde. J'aurais été à la place d'un auteur de l'époque, je crois que j'aurais été un peu découragée : de quoi parler après que Tolstoï ait sorti son bouquin ? Le mec, il avait juste évoqué à peu près tous les sujets possibles et d'une manière tellement poussée que tu avais juste à te reconvertir en bûcheron ou botaniste en attendant que de nouvelles choses se passent :D

 

Evidemment, cela a une contrepartie : parfois, c'est long. C'est intéressant, mais c'est long.

Lorsque ça fait 20 pages que Levine se questionne sur la place des paysans dans la société, tu SAIS que c'est intéressant mais, quand même, il irait se coucher, le petit Levine, au lieu de réfléchir encore et encore, que ça ne te déplairait pas.

Du coup, j'ai fait des pauses dans ma lecture : je lisais un autre livre (sans personnage qui fait de la philosophie politique russe), et lorsque je revenais à Anna & co, j'étais vraiment contente de retrouver l'écriture de Tolstoï.

 

En somme, une très bonne lecture. Vraiment. Tolstoï offre une oeuvre (très)(genre très très) complexe, avec une réflexion poussée. Il réussit à rendre intéressants des événements de la vie quotidienne comme je l'ai rarement lu. Finalement, le personnage d'Anna et son histoire en elles-mêmes ne sont pas ce qui m'ont le plus marquée, même si je n'ai pu rester insensible au combat de cette femme pour réussir à être heureuse. Par contre, c'est long, et c'est aussi léger qu'une potée auvergnate (ne me demandez pas pourquoi ce plat en particulier m'est venu à l'esprit. Je ne sais pas. Vraiment). Donc prévoir du temps et de la motivation (mais ça en vaut la peine) :D

 

 

Anna Karenine - Joe Wright, 2012

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Aaah … l'adaptation d'un grand classique... C'est un exercice particulièrement périlleux (surtout quand le grand classique en question fait 1000 pages, comme l'a souligné Morgana).

Pour Anna Karenine, on a le choix question adaptation ciné … Et celle de Joe Wright n'est sans doute pas la plus fidèle mais je la trouve particulièrement intéressante !

 

Tolstoï, c'est Tolstoï, je ne sais même pas ce qui passe par la tête de ceux qui veulent adapter de tels chefs-d'oeuvre. :D Mais Joe Wright n'a pas cherché à rendre fidèlement l'oeuvre originale, et son film est à mon avis, plus réussi ainsi, et contrairement à ce que j'avais dit pour Pan, j'ai retrouvé sa marque de fabrique dans Anna Karenine. (Tout bénéf quoi... ou presque !)

 

 

Ce qui saute aux yeux, et qui m'a vraiment plu, c'est la mise en scène. L'histoire d'Anna Karenine s'ouvre comme une pièce de théâtre. Les personnages sont sur scène (le spectateur, c'est nous), le premier changement de décor se fait sous nos yeux. Cette mise en scène est surtout présente au début, mais certains éléments viennent ponctuer le reste du film : pour aller d'un lieu à l'autre, plutôt que de traverser une rue, les personnages déambulent dans les coulisses et bien souvent, au lieu de méditer dans leur salon ils sont en réalité sur scène.

Certains éléments de décor également, pourtant tout ce qui a de plus classique, une chambre à coucher par exemple, reprennent cette architecture en présentant une une sorte de scène surélevée sur laquelle se passe l'action principale.

 

Les personnages eux-même jouent un rôle au sein de la société et se donnent en spectacle.

 

 

Au-delà d'une pièce de théâtre j'ai eu l'impression d'assister à un ballet. Je m'étais fait cette remarque en voyant la bande annonce, cela s'est confirmé dans le film : la mise en scène est très chorégraphiée. Les personnages évoluent en rythme, parfois à l'unisson, et la caméra danse avec eux. J'avais été frappée dans Reviens-moi et dans Orgueil et Préjugés (décidément il faudra que j'en parle sur le blog!) par la qualité des mouvements de caméra et des plans séquences (et c'est ce qui m'a manqué dans Pan).

Je ne suis vraiment pas une pro-mouvements de caméra... un plan fixe façon film suédois muet ça me convient très bien :D Mais j'aime bien la façon dont Joe Wright déplace sa caméra et c'est dans Anna Karénine d'autant plus justifié et le tout crée une danse d'une grande douceur et qui passe très bien à l'écran. Certaines scènes, comme la scène "des cubes" n'en sont que plus touchantes.

 

 

On pourrait penser que ce choix de mise en scène contribue à tenir le spectateur à distance, soulignant le fait que ce qu'il voit n'est qu'un spectacle, pourtant c'est ce qui m'a fait entrer dans l'histoire.

Souvent, le nom seul de Tolstoï suffit à évoquer la consistance extrême et la longueur d'une oeuvre… et à faire un peu peur aussi. :p Même Morgana qui est la lectrice la plus intrépide que je connaisse a admis plus haut qu'elle avait ressenti parfois quelque longueurs …Et bien cette mise en scène dansante a réussi à dynamiser un peu Anna Karénine, à lui donner un peu de pep's et de tralalalaïtou (un peu), même si certains moments m'ont un peu plus ennuyée.

 

Le film ne cherche pas à raconter l'histoire de tous les personnages que Morgana a évoqué, ils sont présents en second plan, mais on se concentre sur Anna. Beaucoup de choses sont éludées donc, le regard sur la société n'est plus si présent (si ce n'est par l'aspect théâtrale), mais on ne peut pas demander à un film de 2h de traiter de toutes les 1000 pages … Ce serait un mauvais film, et c'est un écueil dans lequel tombent de nombreuses adaptations.

Ici le réalisateur a choisi un axe.

Je n'ai pas forcément adooooooré le film (d'autant plus que Keira Knightley et ses quelques 4-5 expressions du visage communes à tous ses films m'agace un peu), mais je dois au moins lui reconnaître ce mérite. Et si je donnais des notes il aurait droit à un pouce vert lézard et à une pâquerette.

 

 

Inutile d'essayer de rester fidèle à la richesse et la complexité de l'oeuvre de Tolstoï, je crois qu'aucun film ne le peut, Joe Wright a décidé de se l'approprier et d'en proposer sa propre lecture.

 

Et pour cela, même si je n'ai pas absolument accroché à l'intrigue un peu simplifiée, j'ai vraiment aimé cette mise en scène originale et tout en douceur.

 

Commenter cet article

Marine 16/11/2015 15:31

Monnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn dieu ! Du Tolstoï !
J'ai offert à un ami le mois dernier deux de ses ouvrages (Guerre et paix T1 et T2), lorsque j'ai vu le pavé, j'ai cru à du masochisme... hahaha ! Cela dit, si Guerre et Paix ne me tentait pas du tout, je ne connaissais absolument pas celui que tu as cité, et il me plaît davantage ! Peut-être que je me lancerais un jour également!
Bonne journée :)

PS: Je crois que j'ai bien trouvé ton blog sur livradditc x).

Windstreet

Morgana et La Luciole 22/11/2015 21:22

Du masochisme ? Peut-être un peu, je l'avoue, mais ça vaut le coup parfois, de faire preuve d'un peu de "masochisme littéraire" :D
J'avais aussi Guerre et Paix, mais il m'inspirait moins ^^

Bonne journée à toi aussi :)

Morgana.

Clo 11/11/2015 19:49

J'avais beaucoup aimé ce film ! La mise en scène théâtrale, l'histoire, les costumes... Et puis Aaron Taylor-Johnson qui, ma foi, est assez fabuleux à regarder ! Je m'étais aussi promise de lire le livre du coup... Surtout que j'ai fait du russe, mais que pour l'instant, tout comme Morgana, je ne me suis jamais frottée à la littérature slave ! Honte à moi ! Les 1000 pages ont vraiment un effet décourageant. J'ai bien compris que tu ne l'as pas lu d'une traite, mais pour le finir, il t'a fallu à peu près combien de temps, Morgana ? :)

Morgana et La Luciole 22/11/2015 21:26

Ah oui carrément ! Ça devait te plaire pas mal du coup, pour en faire autant ! Du coup, aucune excuse pour ne pas lire du Tolstoï (maisouibiensûrc'estsuperlogiquemorgana) :p
C'est vraiment un livre dense mais intéressant je trouve. Si tu le lis, je suis curieuse de savoir ce que tu en auras pensé. Et si tu as besoin d'encouragement pendant la lecture n'hésite pas aussi ! :D

-Morgana-

Chloé 20/11/2015 20:57

Ouep, j'ai fait du russe 3 ans, même que c'était ma spécialité au bac... Merci pour l'indication ! A mon avis, il me faudra plus de temps que toi pour en venir à bout, mais je vais me laisser tenter :)

Morgana et La Luciole 16/11/2015 15:24

J'ai énormément aimé la mise en scène moi aussi ! Limite l'histoire je m'en fichais complètement :D
Tu as fait du russe ? Trop cool ! La Luciole aussi en a fait un peu, ça m'avait donné envie de m'y mettre :D
1000 pages, ça demande toujours un certain regain de motivation pour se lancer, j'avoue haha. J'ai dû mettre 3 semaines et demi en ayant lu 3 autres livres entre temps pour me détendre. Et ça marchait bien car j'étais toujours contente de revenir à l'histoire d'Anna & co !
-Morgana-