Article du dimanche n°12: Vers la fin des petites librairies ?

Publié le par La Luciole

Article du dimanche n°12: Vers la fin des petites librairies ?

J'ai grandi dans une petite ville d'une dizaine de milliers d'habitants où mes parents habitent encore. Dans cette petite ville, il y a une petite librairie. Une seule.

 

J'y puisais l'inspiration pour mes listes au père noël, flânais juste pour le plaisir de voir les jolies couleurs des couvertures, sentir l'odeur du livre neuf mêlée au bois des étagères ...

Quand j'avais réussi à économiser sur mon argent de poche au lieu d'aller acheter du chocolat (et oui déjà!) je m'achetais même un livre de poche, c'était la fête ! Quand j'étais d'humeur audacieuse et aventurière, je prenais un livre en anglais, que je ne finissais pas toujours … Quand j'avais envie de belles images, c'était le rayon BD qui m'accueillait.

 

On ne peut pas dire que les libraires y était particulièrement sympas, c'était même plutôt le contraire, mais tant pis, on faisait abstraction, et on montait le vieil escalier en colimaçon, le plancher craquait et on atteignait le saint graal. C'était chouette quoi.

Même à 16 ans, quand on n'a pas encore le permis pour aller plus loin, même à 13 ans quand on fait l'école buissonnière, qu'il pleut et qu'il faut s'abriter (mention spéciale à la ptite sœur;) ), même à 10 ans, que maman nous a donné 5€ et que c'est bien mieux que d'aller s'acheter des bonbons...

 

Cette librairie va fermer.

 

 

Non le propriétaire ne prend pas sa retraite, il n'est pas mort non plus, il n'a pas fait faillite. Il a simplement été embauché par un espace culturel de grande distribution, dans une zone industrielle inaccessible à pieds, dans un bâtiment sans âme ni souvenir.

Comment peut-on vendre des livres, censés faire rêver et voyager dans un lieu sans âme ni souvenir ? Dans un lieu à l'odeur asseptisée et éclairé aux néons, qui pourrait tout aussi bien servir d'hôpital ou de boutique de saucisses.


On dit que les jeunes ne lisent plus, que les enfants passent leur temps devant les écrans, mais comment peuvent-ils avoir envie de lire si la pub pour la dernière console qu'ils voient partout est indéniablement plus attrayante que cette nouvelle « librairie » perdue dans un coin du supermarché et auquel il faut obligatoirement aller en voiture ?

Et quand papa maman sont en train de se battre entre la liste de courses et la réduction « 4 pots de cornichons pour le prix d'1 », ils n'ont pas le temps de venir flâner avec vous, toucher le papier, vous conseiller pour prendre un vrai livre écrit par un vrai auteur plutôt que Barbie et son cheval (ou autre...)


Je suis la première à laquelle ça ne donne pas envie de lire. La lecture ce n'est pas de la consommation, c'est du rêve, c'est du plaisir, du sensoriel. Et je crois que là, paf, en un coup de baguette magique, plus si magique que ça, le supermarché a remplacé tout ça.

 

On parle souvent des géants du type Amazone qui causeraient la perte des petites librairies. Le débat n'est-il pas plus global ? Ne s'étend-il pas plutôt à tout notre mode de consommation ?
Oui, c'est plus pratique de tout centraliser, patates, sacs à main et bouquins dans un seul et même lieu, plutôt que de passer son samedi dans les petites boutiques de son quartier.

Non, on n'a plus le temps, il faut courir après le métro et arriver à l'heure pour le JT, alors pourquoi ne pas simplifier les journées et ne pas acheter ses livres depuis chez soi ou pendant ses courses de la semaine et tant pis pour l'ambiance propice à l'évasion que seules les vraies librairies savaient créer. C'est vrai. Je ne crache pas dans la soupe non plus et ce serait hypocrite de ne pas dire que quand je manque cruellement de temps ou que je recherche un livre peu répandu, je commande également sur internet.


Mais quand même … prendre le temps de rêvasser des heures dans une libraire c'est bien agréable, ne l'oubliez pas trop vite, après il sera trop tard ;) (dose de fatalisme en fin d'article)


Et quand même... l'odeur du papier et le bois qui craque me manqueront.

 

 

 

(La vitrine de la photo n'est pas celle de la librairie évoquée dans cet article)
 

 

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Commenter cet article

Acr0 08/03/2015 18:24

Je suis toujours triste quand une librairie ferme... c'est un peu comme une fée qui meurt à chaque fois que quelqu'un dit qu'elles n'existent pas. Le livre a la vie dure, et pourtant ce n'est pas faute qu'une personne soit sensibilisée au monde du livre ; mais parfois cela ne suffit pas (mimétisation des parents, fréquentation de bibliothèques, achat ou emprunt de livres, CDI, etc.)
Le livre est vu comme un consommable quelconque et c'est bien dommage.

Morgana et La Luciole 10/03/2015 12:39

C'est vrai que ça me fait toujours bizarre de constater que pour beaucoup la littérature n'est qu'une industrie comme une autre et que ça tend de plus en plus à être présenté comme tel auprès du public (c'est l'impression que ça me donne en tout cas, je ne baigne pas assez dans le "milieu" pour pouvoir être sûre de ce que j'avance :D). Le sentiment est est différent par rapport au cinéma, même si je continuerai à défendre jusqu'à ma mort le cinéma en temps qu'art, le cinéma est né avant tout comme une industrie, du coup ça choque moins :D